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Ford : la saga d’une marque révolutionnaire

La Mustang a été vendue à 9 millions d'exemplaires depuis 1964. La sixième génération, dévoilée en décembre dernier, sera la première a être commercialisée en Europe.

Si Ford fait aujourd’hui partie des constructeurs les plus puissants au monde, et que la marque produit certaines des américaines les plus mythiques, elle le doit à son fondateur Henry Ford. Contrairement à son principal concurrent General Motors, qui est né de la fusion de plusieurs sociétés, il a bâti l’empire Ford en partant de rien. Il a notamment été le premier à introduire le travail à la chaîne dans ses usines, en 1912, afin de diminuer les coûts et le temps de production. Une décision qui a permis d’assurer la réussite du groupe au début du 20e siècle et qui a inspiré tous ses concurrents, à l’image de Citroën en France, même au-delà du secteur automobile. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands industriels de l’histoire.

Le génie du père fondateur

Le parcours d’Henry Ford est un exemple pour tous les self-made-men. Né en 1863 dans le Michigan, il grandit avec ses cinq frères et soeurs dans une famille de fermiers prospères. À l’âge de 12 ans, il s’intéresse à la mécanique et passe tout son temps libre dans le petit atelier qu’il s’est constitué. Il y construit son premier moteur à vapeur à l’âge de 15 ans, avant de quitter le foyer familial pour devenir apprenti mécanicien à Détroit. Après des années d’apprentissage, il devient ingénieur en 1891 à la Edison Illuminating Company de Détroit. A partir de 1893, il multiplie les expérimentations sur des moteurs à combustion interne. Elles aboutissent trois ans plus tard à la création de son premier véhicule motorisé, le Quadricycle. Il s’agit de l’aînée de toutes les voitures Ford.

En 1899, Henry Ford décide de voler de ses propres ailes pour se consacrer à l’automobile. Il démissionne et monte la Detroit Automobile Company mais la société, qui n’a vendu que quelques voitures, fait très vite faillite. Il collabore alors avec le richissime William Murphy pour fonder en 1901 la Henry Ford Motor Company. Il construit alors une voiture de course, la 999, qui va lui permettre d’acquérir une renommée internationale en remportant des courses devant des constructeurs européens.

En 1903, Ford se sépare de William Murphy et s’associe à Alexander Malcomson pour créer la Ford Motor Company. Henry Ford est alors actionnaire à 25, 5%, vice-président et ingénieur en chef de la société. En cinq ans, il va créer 19 modèles différents, mais le rythme de production est lent et l’usine Ford de Détroit ne sort que quelques véhicules par jour. Les pièces sont achetées à l’extérieur et chaque voiture nécessite le concours simultané de deux à trois ouvriers.

La Ford T, un modèle fondateur

La Ford A, commercialisée en 1903 et 1904, est vendue à 1700 exemplaires. Mais cela ne suffit pas à Henry Ford. Pour accélérer la cadence de production, il décide de mettre en place une nouvelle méthode de travail, qui prendra plus tard le nom de fordisme. Cette méthode d’organisation scientifique du travail marque l’apparition du travail à la chaîne et de la standardisation qui permet de produire en grande série grâce à des pièces interchangeables. Ces bouleversements s’accompagnent d’une augmentation du salaire des ouvriers, qui gagnent alors cinq dollars par jour au lieu de deux ou trois auparavant. Cela permet d’éviter le départ de la main d’oeuvre, mais également d’augmenter son pouvoir d’achat pour en faire des consommateurs de Ford.

Le fordisme est mis en oeuvre pour la première fois en 1912 pour la fabrication de la fameuse Ford T, née quatre ans plus tôt. Henry Ford prend alors la concurrence de cours, à une époque où Détroit s’affirme comme la capitale mondiale de l’automobile. En 18 mois, la durée d’assemblage passe de 12h28 à 1h33 en moyenne ! Cette cadence de production phénoménale pour l’époque fait qu’en 1920, une voiture vendue sur deux est une Ford T. Ce nouveau véhicule, facile à manoeuvrer, à entretenir et très polyvalent est une révolution pour l’époque.

En une décennie, Henry Ford devient riche et célèbre. Mais le succès va vite lui monter à la tête et il va commettre de graves erreurs dans la gestion de son entreprise, notamment en s’obstinant à maintenir la Ford T. Avec l’amélioration du réseau routier et l’évolution des attentes du public, qui souhaite des voitures belles et confortables, elle finit par devenir obsolète. En 1923, ses ventes atteignent un sommet avant de chuter lourdement. Son fils unique Edsel, qui a pris la présidence de la société en 1919, s’oppose à la vision de son père et les conflits familiaux se succèdent.

Un nouveau souffle

En 1926, Henry Ford finit par accepter la décision de son fils d’arrêter la production de la Ford T, mais cette décision intervient trop brutalement. Le production d’un nouveau modèle n’a pas été préparée et les usines Ford vont fermer pendant sept mois pour aménager de nouvelles chaînes de montage. General Motors (GM) en profite alors pour assurer sa domination aux Etats-Unis, une suprématie encore en vigueur aujourd’hui. En 1927, la Ford A sort enfin des usines Ford, mais elle ne connaîtra pas le succès de la « T ». La sortie des gammes à moteur V8, en 1932, va quand même quelque peu redorer le blason de la marque. Fiable et performant, il sera utilisé pendant 22 ans.

Les années 1930 ne s’avèrent pas plus glorieuses pour Ford. La compagnie connaît de nombreux conflits sociaux et Henry Ford est dépassé par le monde qui l’entoure. Sans parler des brouilles permanentes avec son fils Edsel qui, épuisé et malade, meurt en 1943. Henry Ford reprend alors la direction de l’entreprise. Mais sa femme et le gouvernement américain le poussent à céder son poste à son petit-fils, Henry Ford II.

Henry Ford II va ressusciter la marque en débarrassant l’entreprise de ses archaïsmes, en assainissant la gestion, avec notamment la réintroduction d’actions en bourse, et en restaurant le dialogue social par une politique de fonds de pension. Dans les années 1960, Ford se place en seconde position des plus grands constructeurs mondiaux, derrière son éternel rival GM. La marque s’implique dans la course automobile et enchaîne les succès, notamment aux 24 Heures du Mans grâce à la GT40. Ford continue sur sa lancée, notamment grâce au vice-président Lee lacocca, considéré comme le père de la Mustang.

La suite s’avère plus compliquée avec la percée des véhicules japonais sur le marché américain, et Toyota passe devant Ford au classement mondial des constructeurs. Une politique de restructuration, couplée à la diffusion de modèles européens sur le marché US va permettre de redresser la barre dans les années 1980. Par la suite, Ford rachète Aston Martin en 1987, Jaguar en 1989 et Volvo en 1999. Ces acquisitions permettent à Ford de pointer à la troisième place des constructeurs de voitures de luxe, derrière Mercedes-Chrysler et GM.

Depuis 2006, et l’arrivée d’Alan Mulally à la tête de l’entreprise, Ford rayonne de mille feux. Sa stratégie intitulée « One Ford », qui recentre la société et simplifie son organisation en offrant les mêmes modèles sur les marchés européen, américain et asiatique, s’avère fructueuse. En 2012 et 2013, Ford a affiché des profits supérieurs à 7 milliards de dollars et la Ford Focus a été la voiture la plus vendue dans le monde l’an dernier. L’Europe attend désormais la nouvelle Ford Mustang, prévue pour cette année, ou au plus tard pour début 2015. Une première pour cette voiture star des salles obscures qui n’était disponible jusque-là qu’en importation.

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