Évasion

Éric Tabarly et la légende des voiliers Pen Duick

Conçu en 1898 par un architecte écossais et construit en Irlande, le premier Pen Duick appartenait au père d'Éric Tabarly, qui le lui a racheté à l'état d'épave en 1952. C'est à son bord que le célèbre skipper a disparu en mer au large du Pays de Galles en juin 1998.

Disparu en mer en 1998 à bord de son voilier fétiche, le tout premier Pen Duick, Éric Tabarly est resté dans l’histoire de la voile comme l’un des plus grands skippers français de tous les temps. Il a formé toute une génération de navigateurs et a contribué au développement des activités nautiques en France en accumulant les victoires. S’il a connu d’autres bateaux à la fin de sa carrière, Éric Tabarly reste indissociable de ses Pen Duick, qui lui ont permis de forger un beau palmarès, mais également de révolutionner la course à la voile. Nous revenons sur l’histoire de ces six bateaux d’exception, à des années lumières des voiliers ultra-modernes d’aujourd’hui.

Six voiliers, six histoires d’amour

Le tout premier Pen Duick appartenait à Guy Tabarly, le père du skipper, qui l’a acheté en 1938 à une famille nantaise. C’est lui qui décide de rebaptiser ce voilier, appelé Yum, pour lui donner le nom de Pen Duick, qui signifie mésange noire en breton. À l’âge de 21 ans, Éric Tabarly rachète le bateau à son père. Il ne le quittera plus tout au long de sa carrière de navigateur, et trouvera même la mort à son bord en 1998. C’est avec lui qu’il participe à ses premières courses anglaises du RORC au début des années 1960, et qu’il se ressource ensuite entre chaque course.

En 1964, il décide de se faire construire un navire spécialement conçu pour la course : Pen Duick II. Fabriqué notamment pour disputer la deuxième édition de la Transat en solitaire anglaise de 1964, il permet à Éric Tabarly de coiffer les Anglais au poteau devant Francis Chichester, et d’entrer dans la légende. Après sa victoire, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur par le général de Gaulle. Mais c’est avec Pen Duick III, une goélette en aluminium lancée en 1967, que Tabarly remporte le plus de courses. Plus grand que son prédécesseur, il est bâti à l’origine pour la Transat en solitaire de 1968 (qu’il ne disputera pas) aussi bien que pour les courses en équipage. En 1967, il triomphe sur les sept courses dans lesquelles il était engagé, écrasant la concurrence de l’époque.

Pen Duick IV illustre bien la personnalité visionnaire d’Éric Tabarly, qui pensait à l’époque que les multicoques constituaient l’avenir de la course à la voile. Construit en 1968, il s’agit tout simplement du premier trimaran de course de l’histoire. Sa mise au point pour la Transat en solitaire de 1968 est perturbée par les événements de mai 1968, et le skipper est obligé d’abandonner dès les premiers jours de course. Le voilier remportera finalement l’épreuve en 1972, avec Alain Colas à la barre. Renommé Manureva, il disparaît tragiquement en mer avec Alain Colas lors de la première Route du Rhum, le 16 novembre 1978. Pen Duick V est quant à lui conçu pour la Transpacifique de San Francisco à Tokyo en 1969. Avec ses ballasts et sa quille fine et profonde, il préfigure les monocoques de 60 pieds d’aujourd’hui, et permet à Éric Tabarly de remporter avec brio la course, avec dix jours d’avance sur le second. Financé par le port de Saint-Raphaël, le voilier est mis en vente juste après l’épreuve.

Le sixième et dernier Pen Duick élaboré par Éric Tabarly doit participer à la première course autour du monde en équipage, la Whitbread de 1973-1974. Mais deux démâtages, lors de la première et de la troisième étape, sonnent vite la fin de l’aventure. Pen Duick VI se rattrape en 1976 en gagnant le Triangle Atlantique et la Transat en solitaire. Cette dernière course est d’ailleurs la plus dure jamais disputée par le skipper français. Il a dû affronter cinq tempêtes consécutives, sur ce voilier conçu pour 14 équipiers, avec un pilote automatique tombé en panne quatre jours après le départ. . . Après avoir triomphé de l’adversité, il qualifiera cette aventure de plus belle victoire de sa carrière. Ce n’est pas Franck Cammas, élu marin de l’année l’an dernier, qui dira le contraire.

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