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Stan Smith : l’histoire d’une basket de légende

La Citerne Basilique est un monument étrange qui vaut le coup d'oeil. Il s'agit d'une réserve d'eau longue de 140 m, large de 70 m, haute de huit mètres, et peuplée de 336 colonnes. Construite sous le règne de Constantin 1er, et agrandie par Justinien au VIe siècle, elle alimentait les fontaines et le palais impérial.

Quand on pense aux baskets les plus mythiques de l’histoire, on pense évidemment aux Air Jordan, qui ont fait la fortune de la légende du basket Michael Jordan. Mais la Stan Smith d’adidas n’a rien à envier à sa cousine américaine, au contraire. Selon le Livre Guinness des records, c’est elle qui détient le titre de sneaker la plus vendue au monde, avec plus de 70 millions de paires écoulées depuis sa création dans les années 1960. Retour sur la saga d’une chaussure de tennis révolutionnaire devenue une icône de la pop culture.

Une basket imaginée pour les champions de la balle jaune

Au début des années 1960, adidas cherche à étoffer sa gamme de produits sportifs. Jusque-là, elle était bien connue des footballeurs pour ses chaussures à crampons, mais elle compte désormais surfer sur la mode du tennis, une discipline en plein essor à l’époque. L’équipementier allemand fait alors appel au numéro un du tennis français, Robert Haillet, pour l’aider à développer une paire de chaussures de tennis en cuir. Le mot d’ordre est de créer une basket innovante à une époque où les joueurs chaussaient le plus souvent des modèles en toile.

Les chaussures sont fabriquées en France, à Landersheim en Alsace, et sont commercialisées à partir de 1964. Elles sont entièrement blanches, à l’exception de touches de vert pour le nom de Robert Haillet, figurant sur le côté de la chaussure, et pour la protection pour le tendon d’Achille située à l’arrière, sur lequel s’affiche le logo de la marque. Les trois bandes d’adidas sont remplacées par trois rangées de trous permettant au pied de respirer, et le cuir est directement cousu sur la semelle pour renforcer leur solidité. Le but ultime de la chaussure adidas Robert Haillet était de s’imposer auprès des tennismen de premier plan, et donc de pouvoir s’adapter à tous les types de terrain. Pour cela, elle était affublée d’une semelle beaucoup plus épaisse que les modèles de l’époque, car celle-ci était constituée d’alvéoles type « nid d’abeille » et de picots procurant une meilleure adhérence et un amorti plus performant.

Robert Haillet reste le porte étendard de la chaussure de tennis d’adidas jusqu’en 1971. Cette année-là, l’équipementier allemand signe un contrat avec le tennisman américain Stanley Smith, qui vient de remporter l’US Open. Les deux champions continuent d’incarner la basket innovante d’adidas jusqu’en 1974. Après cette date, seul l’Américain sert d’égérie aux chaussures de tennis de la marque aux trois bandes, avant qu’elles ne prennent le nom d’adidas Stan Smith en 1978. Un cadre apparaît alors sur la languette, avec le nom de la marque, celui de Stan Smith, le portrait du tennisman ainsi que sa signature.

Une icône de la pop culture devenue un accessoire de mode

Star des courts de tennis, la Stan Smith va s’émanciper pour devenir une icône de la pop culture. Dès les années 1970, on la croise dans la rue, mais c’est dans les années 1980 que les ventes décollent et qu’elle devient un accessoire à la mode. Grâce à sa ligne sobre, élégante, et à son confort optimal, elle devient l’une des premières paires de sneakers à être portée à la ville, en dehors de toute activité sportive. À l’époque, elle se pose en symbole de la culture contestataire. Portée avec un jean, elle devient un attribut identitaire. Elle s’affiche par exemple aux pieds des breakdancers. Les mouvements musicaux contestataires de l’époque se l’approprient également, le reggae et le ska en tête, avant qu’elle ne devienne la basket préférée des adeptes de la culture skinhead originelle et des hooligans au Royaume-Uni.

Après une période creuse, la Stan Smith connaît un premier revival dans les années 1990, avec l’émergence la culture hip-hop. Le célèbre groupe de rap Run DMC signe même un contrat avec adidas, an partie pour faire la promotion de la Stan Smith. Ils signent également le titre « My Adidas », qui a boosté les ventes de basket de la marque, en particulier celles des Superstar et des Stan Smith. En France aussi, les sneakers blanches de l’équipementier allemand font un carton. Le groupe de rap IAM évoque en 1993 les Stan Smith dans leur tube « Je danse le mia », mis en images l’année suivante par Michel Gondry, et Vincent Cassel en porte une paire dans le film culte « La Haine » de Mathieu Kassovitz, sorti en 1995.

L’année 2011 est vécue comme un cataclysme par les amoureux de la basket Stan Smith. Si elle reste un mythe en France, où elle continue de faire un tabac, ses ventes s’essoufflent dans le reste du monde et adidas décide d’en arrêter la production à partir de 2012. Mais la pression des fans pousse la marque à les ressortir à partir de janvier 2014. Désormais fabriquées à partir de matériaux plus nobles, les Stan Smith redeviennent des icônes de mode. Tout le monde se les arrache. Les collaborations de prestige avec des artistes de premier plan s’enchaînent, et les modèles se déclinent dans une infinité de couleurs et de matériaux pour continuer d’écrire la belle histoire de cette basket culte.

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